Soyez Proactifs : Oui mais ….
«désormais j’aimerais vraiment que vous soyez un peu plus proactif »
Être Proactif est devenu, dans le lexique managérial, l’une des principales qualités recherchées chez les salariés, la « soft skills » par excellence. Pour les profanes, le terme soft skills désigne des compétences humaines comportementales, le plus souvent acquises en dehors de la sphère scolaire ou universitaire (en référence aux hard skills qui sont les compétences techniques acquises).
Être proactif, c’est une certaine capacité à supporter les changements. Comme souvent, le monde de l’entreprise s’est approprié ces termes issus de l’analyse psycho-sociologique. Ainsi, dans un monde de l’entreprise où le digital et l’innovation sont au cœur des stratégies, il est indispensable pour elle d’avoir des collaborateurs n’ayant pas peur du changement et au contraire pouvant le gérer et l’accepter.
Cependant, comme souvent dans le langage managérial, le sens des mots est galvaudé. Car dans l’idée des managers, être proactif n’est pas qu’accepter le changement. Être proactif, c’est surtout améliorer la capacité des salariés à anticiper les besoins des clients voire également de l’entreprise (exemple la gestion du ratio Engagement/ressources dans une banque) pour vendre des produits et services très en amont considérant qu’uniquement de l’offre nait la demande, de réfléchir exclusivement cross selling afin d’augmenter les revenus, les parts de marché et les résultats. On ne peut nier l’importance des aspects économiques pour l’entreprise mais souvent les méthodes utilisées en management sont destinées à satisfaire les managers (qui montrent ainsi leurs capacités à faire toujours plus avec leurs équipes) et les performances financières.
J’ai souvenir d’un Animateur de marché qui disait « il faut suréquiper les clients avec les crédits « réserve » pour éviter qu’ils aillent ailleurs« , les mêmes qui pestaient et considéraient que l’on avait mal anticipé dès lors que le vent tournait….. J’ai tellement entendu de prêches qui pouvaient d’ailleurs se contredire, d’inepties !!!!!
Alors que « Proactif » renvoie à la notion d’être responsable de soi ou de prendre sa vie en main et d’agir en conséquence, l’entreprise, comme souvent, l’a transformé en une sorte de prescription à l’organisation, en une sorte de norme voire d’injonctions. Un modèle à suivre en sorte, que l’on retrouve dans tous les discours, dans les entretiens professionnels….. Ainsi être proactif s’entend désormais comme : être capable de vendre toujours plus en anticipant des événements (qui ne dépendent pas du salarié) et savoir répondre aux attentes et aux objectifs fixés par les managers.
Au delà des mots (voire des maux), la proactivité est-elle une si bonne idée ? Cela dépendra du point de vue ou l’on se place, celui de l’individu ou de l’entreprise. Mais in fine, l’un n’est il pas dépendant de l’autre ?
- Pour l’entreprise : Disposer de salariés proactifs, allant au delà de leur fiche de poste, capables de s’adapter aux changements et se donnant totalement à l’entreprise, l’intérêt semble à première vue évident. Pour autant, les conséquences peuvent être négatives sur une grande échelle à moyen terme.
- Pour l’individu : Être proactif n’est effectivement pas sans conséquences.
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- La proactivité génère une dose de stress supplémentaire. La quête constante du coup d’avance peut se révéler à la fois épuisante et stressante au quotidien. À trop vouloir se dépasser et toujours en faire plus que nécessaire, on peut rapidement s’auto-infliger de la pression.
- La proactivité implique quelque fois de défier le statu quo, de remettre en question des procédures, process, schémas de pensée, voire contester l’autorité. Ainsi, des managers (qui pensent qu’ils ont comme prérogative l’initiative du changement) pourraient se sentir menacés par des salariés qui suggèrent, qui s’expriment. La constance dans la remise en cause (à la recherche d’optimisation) peut aussi faire passer ces salariés comme des fauteurs de troubles plutôt que comme des innovateurs utiles. Enfin, dans l’entreprise, rien n’est plus dangereux que de défier l’autorité et les process. Dans la Banque, ne pas respecter une procédure est synonyme de sanction. Certes les procédures sont faites pour protéger le salarié… Surtout l’entreprise, ne nous leurrons pas.
- La proactivité c’est pouvoir se tromper dans les solutions proposées. Or de façon récurrente et notamment dans nos entreprises, le droit à l’erreur est toujours mal considéré par les managers. Erreur sur l’octroi d’un crédit, sur une ouverture de compte, sur une mauvaise analyse…..D’où de nouvelles sources de risques. Et même, lorsque l’on dispose de délégations d’octroi de crédits, elles ne sont pas totales. On cherchera toujours l’erreur même dans le champs de ses propres délégations. J’ai souvenir d’un dossier à charge basé sur des grilles d’octroi de crédits de l’année en cours pour des crédits mis en place à N-2 (sur d’autres grilles !!!!)….
- La proactivité ne tolère pas une baisse de régime qui pourrait être mal perçue que ce soit par l’individu mais et surtout par le manager. Qui n’a jamais été remis en cause sur ses performances moindres alors que les années précédentes il avait surperformé… Et oui, chaque année on remet la tête sur le billot…. Dans ce contexte, la surchauffe n’est jamais lointaine.
- La proactivité est associée à une certaine vision de la carrière. Souvent, les salariés proactifs, du fait de leurs performances voire de leur « leadership », aspirent à une progression dans leur carrière et leur rémunération. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas, ce qui peut générer sentiments de stagnation, déceptions voire ruptures dans les relations avec l’entreprise.
- Enfin, un salarié proactif n’est pas forcément apprécié de ses collègues, ni même populaire, son apparente facilité pouvant générer des conflits dans le groupe, certains n’acceptant pas facilement le changement, d’autres pouvant craindre des sanctions voire se sentir déconsidérés…
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Sans être exhaustif, ce qui empêche d’utiliser la proactivité autant qu’on le voudrait, c’est :
- la tyrannie de l’urgence : Or l’urgence des objectifs à réaliser, les activités annexes chronophages, les problèmes d’organisations, les absences non remplacées… sont autant de freins.
- une certaine déresponsabilisation : être constamment benchmarké dans ses façons de faire, d’être…Un exemple dans le suivi du télétravail. Certains managers exigeaient de faire un point sur ce qui devait être fait durant le télétravail et contrôlaient (avec une grille en appui, fait/pas fait), d’autres ne cessent de relancer si l’icône de présence passe à inactif…. Alors que télétravailler c’est une façon de responsabiliser par rapport à sa mission.
- une certaine appréhension à lever la tête. La culture du « milieu », ne pas faire de vague, être « low profile », pas de tête qui dépasse, autant de freins existentiels. D’ailleurs, en parlant de tête, souvent on voit les têtes acquiescer lors de discours de « motivation » sans pour autant que cela aille au delà du simple hochement. De plus en plus rarement, que ce soit chez les employés ou les cadres, on entend des prises de positions. Juste des chuchotements à l’abri des murs indiscrets….. Sur ce sujet, une société incapable d’entendre la critique, ni de se remettre en cause est une entreprise condamnée.
Être proactif, c’est clairement synonyme de tensions, de stress, de certaines désillusions si le deal n’est pas totalement gagnant-gagnant. Si elle est nécessaire pour aller de l’avant, la proactivité doit être temporalisée et non constante voire canalisée. Elle ne peut être sacralisée. Le risque est tant pour l’individu qui se brûle (et le burnout en est une de ses conséquences) que pour l’entreprise car le coût est loin d’être neutre (humain, financier, économique). Privilégier l’optimisation de la rentabilité et/ou de la productivité n’est pas le GRAAL. Surtout dans notre groupe qui se targue d’être une entreprise à mission, qui vise à l’équilibre de vie personnelle/professionnelle, à la QVT…..
A la phrase « Ton activité est satisfaisante mais désormais j’aimerais vraiment que tu sois un peu plus proactif », sachez résister. Prenez du recul. Certes, la proactivité peut avoir un intérêt certain commercialement parlant voire personnellement mais retenez que la proactivité, ce n’est ni une prérogative, ni une obligation.
Tout dépend de votre personnalité, de votre degré d’envie de vous dépasser, de votre métier, du temps dont vous bénéficiez et de vos objectifs de carrière. Enfin, de votre libre arbitre.
Pousser les rochers et vouloir déplacer les montages n’est jamais sans risque !
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