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Les phrases assassines : Quelles conséquences ?

22 Août 2022 | CIC SO

Lors du CSE de Juin 2022, notre Directeur Général a eu cette phrase, en réponse à une question d’un élu CGT : « Personne n’est indispensable ».

Personne n’ayant répliqué ni émis d’objection, cette phrase assassine aurait pu passer aux oubliettes des débats mais la CGT, choquée, a souhaité, en préambule du CSE de juillet, faire une déclaration dénonçant cette expression et expliquant qu’un manager ne devrait pas prononcer cette affirmation qui a un aspect particulièrement rude, lourd de sous entendus ou de menaces.

Ces mots peuvent être destructeurs pour le moral des salariés mais également pour le management puisqu’ils tendent à rompre le lien et la confiance entre le management et les équipes. Effectivement, cette formulation peut résonner comme une offense « tu es remplaçable », « tout le monde peut faire ce que tu fais », ou encore « tu es incapable ». Cette formule (pourtant vraie) reste cependant dévalorisante au possible et de très mauvais goût notamment dans un groupe qui prône une certaine bienveillance !

Patrice CAUVET  a eu un droit de réponse légitime, ce qui lui a permis de clarifier sa pensée et dans la foulée épingler la CGT en l’accusant de faire des amalgames, de sortir les menues phrases de leur contexte aux seuls buts de polémiquer, mettre le bazar….  On pouvait se douter que notre intervention puisse être considérée comme agressive et on attendait sa réaction, ses foudres, ses remarques acerbes… Patrice CAUVET a du s’expliquer, se justifier et çà c’est contre nature…. Par contre, nous ne pensions pas être les seuls à avoir été choqués et notre intervention a été reçue dans un bruit de fond assourdissant : le silence, celui qui tue ! Aucune organisation n’a apporté même un léger appui à notre initiative. Dommage mais on est dans le bal des faux culs… Face à la CGT isolée, en excellent tacticien, Patrice CAUVET a montré le sens de l’expression « Diviser pour mieux régner » ou « Comment mettre les gens en position de compétition ou de défense afin d’éviter qu’ils ne soient solidaires dans leurs revendications communes ». Bravo !

Alors pourquoi ce billet ?

Aucune velléité de mettre de l’huile sur le feu ou de nourrir une guéguerre. Nous souhaitons élargir la réflexion sur le sens des mots et notamment les phrases assassines. Alors avions nous raison de dénoncer cette phrase ? Et si nous ne le faisons pas, ne sommes nous pas complaisant ?

Entendre que « personne n’est indispensable‘ » est particulièrement dur. En même temps, si nous considérons cette expression du point de vue philosophique et factuel, elle est vraie.

Elle s’applique de plus à tous (également à celui qui la prononce, comme l’a d’ailleurs justement dit Patrice CAUVET). Dans sa réponse, notre Directeur Général a expliqué qu’une entreprise, c’était un collectif et que, pour lui, seul le collectif comptait. Qu’être indispensable dans une organisation pouvait être un vrai danger et que le rôle du collectif était de développer les compétences ou de pouvoir les recruter pour remplacer celui qui partait. Et c’est vrai ! Dans l’absolu, lorsqu’un collaborateur ou un dirigeant est dans l’impossibilité physique ou mentale d’exercer ses fonctions ponctuellement ou définitivement (maladie, accident, décès…), après une période d’adaptation (plus ou moins brève) aux conditions changées, l’équipe retrouve un nouvel équilibre sans lui. Et heureusement pour l’entreprise et pour les équipes. Pour autant, cette phrase a t’elle sa place ?

Si  la CGT a réagi officiellement en CSE, c’est pour faire comprendre que certaine phrases, d’autant plus lorsqu’elles sont prononcées par un directeur général dans une instance officielle, légitiment d’éventuelles dérives de managers.  En effet, cette phrase « personne n’est indispensable » est couramment utilisée non pas pour approfondir la réflexion sur les priorités dans la vie, mais simplement pour faire comprendre à un collaborateur qu’il y a d’autres candidats pour le remplacer ou pour mettre la pression sur des collaborateurs en leur rappelant que « s’ils ne sont pas contents, la porte est Grande Ouverte ». 

Dire que nous avons repris la phrase hors de son contexte pour pouvoir faire des amalgames est cependant totalement faux. Nous avons été légitimement choqués car les mots de cette phrase résonnent tout particulièrement et impactent l’engagement de tous. D’ailleurs tous les syndicats présents aurait du l’être. Et non s’offusquer de la réaction de la CGT.

Si nous considérons que le collectif est un ensemble d’individus, la valorisation et le bien-être au travail de chacun contribuent naturellement à une synergie et à l’efficacité de toute la structure. Le collectif c’est également la diversité qui apporte les éléments différenciants propices aux réussites individuelles et collectives. L’uniformisation, la conformité ne sont pas toujours gages de réussite. Ainsi, l’addition de talents permet de se dépasser et créer la dynamique du groupe qui devient une notion à part : un ensemble de personnes bien intégré qui devient une entité en soi montre des performances décuplées.

Derrière la notion de l’indispensable, il y a l’irremplaçable. Dans le collectif, il y a multiplicité d’individus, de personnes qui se voudraient indispensables, qui aimeraient avoir la reconnaissance de la qualité de son travail. C’est humain et renvoie à la perception de soi même, son utilité dans le groupe d’individu, sa particularité et son égo. Nous n’irons pas dans ce propos jusqu’au syndrome du sauveur, mais il est dans la nature humaine que de se sentir unique et irremplaçable. Alors, quand un·e manager dit à l’un de ses collaborateurs que « personne n’est irremplaçable », il est probable qu’il·elle veuille forcer sa soumission et imposer une contrainte ou charge de travail supplémentaire. « Si tu n’es pas content, il y en a dix autres pour prendre ta place. » Et là, toute personne qui avait tout sacrifié pour son travail en se croyant vraiment indispensable, éprouve une prise de conscience extrêmement forte, peut se sentir désavoué, menant souvent au réaménagement des priorités dans sa vie. Soit elle partira, soit elle fera profil bas et deviendra plus réticente dans ses expressions. En finalité, cela aboutit sur une communication biaisée et un renoncement voire une baisse de l’engagement nécessaire pour mener vers un succès collectif.

Ainsi, ces phrases assassines tuent la motivation individuelle et collective ouvrant la porte à la détérioration des conditions de travail, voire la santé des individus. N’y aurait il pas pourtant pour les entreprises, une obligation en matière de santé au travail ?

Mais pour cela, l’indispensable base de toute relation humaine, y compris celle en milieu professionnel c’est le respect,  indépendamment des grades hiérarchiques, de l’âge, de l’origine sociale ou de tout autre facteur. Juste le respect mutuel. Et dans la réponse, Patrice CAUVET n’a pas eu de respect pour les élus. Se sentant agressé, il s’est défendu en s’en prenant aux personnes. D’ailleurs, c’est symptomatique de la baisse de sentiment de respect (sondage « vous avez la parole 2022 »)

Nous n’avons pas voulu manquer de respect à Patrice CAUVET. La CGT, notamment pour ce qui concerne la CGT CIC SO, n’est pas un syndicat qui cherche à faire des amalgames, à détourner des propos pour polémiquer.

Alors oui, la CGT CIC SO alerte et dénonce. Nous essayons, peut être maladroitement dans notre communication, de faire entendre ce que les salariés nous remontent. La situation au CIC SO se dégrade, c’est un fait avéré et désormais confirmé via le sondage que la participation massive (69% même si en recul de 12 points vs 2019) légitime. Même si, souvent, nous tentons de faire la part des choses en essayant d’entendre les avis des partis prenantes, on nous reproche des « procès d’intention ». Mais notre prisme est et restera surtout le salarié. Nous voulons que les conditions de travail s’améliorent constamment, que les salariés viennent travailler avec un sentiment de sécurité car il existe déjà quantité de pressions psychologiques dont celles que les travailleurs s’infligent à eux-mêmes pour travailler davantage.

Revenons à ce qui a déclenché cette passe d’armes : Les démissions.

La CGT ne remet pas en cause les démissions (même si c’est le principal motif de départ au CICSO, la Direction considère que le niveau reste normal et n’amène pas d’alerte, dont acte !). La CGT n’est pas contre les démissions. Elle pose juste la question sur le traitement desdites démissions et rappelle que certaines pourraient être évitées.

Oui, démissionner est légitime et effectivement quelquefois les démissions permettent d’apporter une certaine fluidité pour l’entreprise. Oui chacun peut décider seul de sa vie et de son avenir. Pour autant, il est nécessaire de s’interroger sur les raisons qui poussent à ces décisions. L’entreprise n’aurait elle pas une certaine responsabilité dans certains de ces départs ? Et de fait, nous avons écouté et entendu certains démissionnaires qui, sans regretter leur geste, confirmaient que l’entreprise avait une responsabilité majeure dans leurs décisions. Et nombreux s’interrogent sur l’absence de réactions qui montrent (peut être à tort) le désintérêt de l’entreprise pour la personne malgré, quelquefois, de nombreuses années de service… Nous posons la question : Quitter une entreprise alors que 69% (CICSO) la recommande comme bon employeur (72% pour le Groupe CMAF), n’est ce pas paradoxal ?

In fine, nous dirons que le fait de s’exprimer maladroitement en entreprise peut rapidement vous mettre dans l’embarras et faire dégénérer les choses ; Cela est  vrai à tous les niveaux. Lors de sa réponse en Juin, notre Directeur voulait surement (?!) expliquer que chacun est libre et que l’entreprise accepte cette liberté malgré les dysfonctionnements qu’elle peut provoquer. Et çà, nous l’aurions compris sans difficulté et nous l’aurions même positivement repris. Dans notre réaction en CSE de Juillet, peut être que nous avons été punchy. Peut être que nous n’avons pas su faire comprendre la légitimité de notre intervention et l’importance que nous portions à cette phrase.

En entreprise, il est nécessaire de savoir bien communiquer et nous avons chacun la responsabilité d’un dialogue apaisé autant que faire se peut. Cependant, chacun de nous doit considérer que la liberté d’expression est un droit majeur qu’il convient de protéger quoiqu’il en coute. Comme quoi on a encore une preuve des conséquences néfastes des phrases assassines que la posture de chacun exacerbe.

Alors si philosophiquement il est vrai de dire que « Personne n’est indispensable« , nous redisons qu’un manager (qui plus est un dirigeant) ne devrait pas dire cela, surtout dans une instance officielle. Cela étant désormais dit, nous pouvons désormais nous pencher sur ce qui va nous faire, collectivement, avancer : Le respect et l’engagement.

Avons nous eu raison de dénoncer ? OUI car c’est notre rôle. Et cela montre que nous restons vigilants.

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