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L’exigence bienveillante ou la bienveillance exigeante

2 Sep 2022 | Société

Dans une ancienne publication, nous dénoncions la pseudo bienveillance de certains managers.

Dernièrement, il nous a été reproché de trop citer la bienveillance dans les échanges sur des dossiers en nous expliquant que la bienveillance seule, n’a jamais fait tourner une entreprise ni satisfait les salariés. Il convenait donc d’ajouter l’exigence et de parler d’une bienveillante exigence comme le faisait le groupe.

Je me suis donc posé les questions : Suis je dans l’erreur de compréhension ? Me suis-je égaré ?

Les mots ayant leur sens, il me semble important de revenir à la définition de ces notions pour savoir si on peut les concilier alors qu’elles paraissent pourtant, à première vue, contradictoires. Ouvrons donc la réflexion.

La définition de l’exigence est, selon Le Larousse, :

  • Ce qui est commandé par les circonstances, la nature, la satisfaction des besoins, les lois, la morale…
  • Ce que quelqu’un réclame d’une autre personne, d’une institution.

La définition de la bienveillance est, selon Le Larousse :

  • Disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui

Donc, si l’on matche les deux, une exigence bienveillante viserait à demander à l’autre de faire de son mieux en lui signifiant que l’on croit en lui, qu’on le sait capable de progresser et que l’on est disposé à tout faire pour l’aider à y parvenir. Mais quid si les résultats ne sont pas là ?

L’exigence bienveillante n’est pas à sens unique. Les salariés également ont droit à être exigeants envers leurs managers et bienveillants en considérant la difficulté de la tâche.

Sur le papier, cette exigence bienveillante semble être le meilleur choix de management et on ne peut que se réjouir que le Groupe CMAF en ait fait l’une de ses valeurs majeures  pour faire exprimer le meilleur des possibles tout en contribuant à la Qualité de Vie au Travail. Cependant, l’association Exigence et Bienveillance ne fonctionne que si certains préalables sont réunis, et malheureusement, nous constatons qu’ils ne le sont pas toujours.

Concernant la Bienveillance, sa première composante –et c’est un critère clé que l’on devrait prendre en compte pour recruter ou nommer un manager – c’est « d’aimer les personnes » et derrière cela, de faire preuve d’un respect inconditionnel. La Bienveillance, c’est :

  • Le respect : Être bienveillant, c’est veiller au bien de l’autre, demander beaucoup d’attention et d’espoir envers l’autre, pour l’aider à développer ses aptitudes. Pour un manager, c’est d’abord rechercher ce qui fait la valeur de la personne plutôt que commencer par pointer ses insuffisances. Pour un subordonné, c’est un devoir qui découle directement du lien de subordination. Cependant, ce respect doit être gagné pour le manager (voir ci après) au risque d’incompatibilité.
  • La confiance : Être bienveillant, c’est, pour les managers, la capacité à dépasser les postures de contrôle, de sanctions pour devenir des accélérateurs de réussite.
  • Le droit à l’erreur : Être bienveillant, c’est donner le droit à l’erreur, notamment dans les phases d’apprentissage pour aider le collaborateur à « oser » voire se tromper car l’erreur peut être source d’apprentissage.
  • L’indulgence : Être bienveillant, c’est passer nécessairement par l’écoute et la compréhension du collaborateur ; Car même en cas de désaccord, le manager se doit d’être attentif et montrer l’intérêt que l’on porte à son collaborateur.

Pour l’exigence, c’est :

  • L’exemplarité : Les managers doivent être exemplaires et s’appliquer à eux-mêmes ce qu’ils demandent à leurs collaborateurs. Cela conditionne le respect donc la légitimité et la crédibilité du management. Rien de pire qu’être seulement un nom sur un organigramme et souffrir soit du symptôme de l’usurpateur ou du symptôme du pouvoir. Cela se finit par un management par la peur et devient un problème pour l’entreprise.
  • La clarté :
    • Donner des objectifs atteignables car rien n’est pire que de mettre ses collaborateurs en situation d’échec permanent.
    • Donner du sens car cela permet de travailler intelligemment en comprenant les raisons qui sous tendent aux directions prises ou à prendre. Rien de pire que les stop & go, les micro tâches, la multiplicité de sujets….
  • La maîtrise de soi : Exprimer de l’exigence ne consiste pas à exercer une pression psychologique négative assortie de menaces, chantages, récriminations….antichambre du harcèlement.

Or, pour certains managers, seul compte le résultat ; Ainsi, considérant qu’à partir du moment où les résultats sont atteints, les moyens engagés ou la méthode employée importent peu… Alors, imaginez est les résultats ne sont pas atteints ? Dans ce cas, c’est Exigence majeure et Bienveillance mineure. Pouvons nous alors parler d’exigence malveillante ? Ou est le respect nécessaire à un manager bienveillant ?

Et de fait, le dernier sondage « vous avez la parole 2022 » montre des sujets d’inquiétude sur « l’intérêt et le sens au travail », « la reconnaissance », « le respect », le « management » qui ne s’expliquent pas que par le contexte difficile des deux dernières années. Sur ces items, le groupe est confronté à une dégradation et au CIC SO, le repli est beaucoup plus marqué qu’au niveau du benchmark CIC ce qui confirme ce qui nous est remonté par le réseau. C’est d’autant plus inquiétant que durant ces deux dernières années, le Groupe a signé des accords importants en termes de QVT (qui mettent la pression sur les managers à s’améliorer et être irréprochables dans leurs postures et pratiques managériales), de diversité (le handicap et les proches aidants), d’égalité, de raison d’être. Y aurait il donc un problème de communication ou de bienveillante exigence ?

Alors oui, si on doit associer les deux notions, il faut revoir certaines de nos méthodes et état d’esprit. Ne pas avoir peur de se confronter à la réalité, accepter la polémique si elle est constructive, et apprendre de ses erreurs.

Être exigeant et bienveillant, ce n’est pas se raconter des histoires, être dans l’hypocrisie ou de la démagogie. Il s’agit nullement de confondre bienveillance et complaisance. Être exigeant et bienveillant, ce n’est pas faire preuve d’autoritarisme. Être exigeant et bienveillant, c’est juger les personnes sur leurs capacités et les accompagner avec confiance et respect dans leurs domaines Et de reprendre pour cela une citation d’Einstein : « Tout le monde a du génie, mais si vous jugez un poisson sur sa capacité à grimper aux arbres, il passera toute sa vie à penser qu’il est stupide » ou de Forrest Gump « Stupid is as stupid does ».

La bienveillance ne peut être un management flou, naïf voire tolérant car ce serait finalement malveillant pour tous ceux qui se démènent pour l’entreprise. L’exigence ne peut être un management autoritaire demandant toujours plus car il deviendrait alors contre-productif voire pervers ou malveillant.

Donner le meilleur de nous-même dans chacune de nos missions, avoir l’exigence de la satisfaction des clients et des collègues, des résultats, des progrès de tous, des mises en œuvre de bonnes pratiques, avoir l’exigence du respect de l’autre, de la confiance tant pour nous que pour l’autre sont les préalables qui permettront de parler d’exigence et de bienveillance dans le même propos. Dès lors que tous à chacun se l’appliquera, alors la situation s’améliorera. Et nous ne pourrons que nous en réjouir, notre syndicat ayant l’objectif d’une vraie qualité de vie au travail.

Faire preuve d’une bienveillance exigeante est un numéro d’équilibriste que certains managers ne sont pas capables de faire. Pour ceux-la, carton rouge ! Si c’est surement la meilleure méthode de management, notre rôle (que ce soit les OS, la DG, les salariés tous ensemble) est de veiller à ce que les errements, les dysfonctionnements, la pseudo bienveillance (qui reste le faux nez du management par la peur) soient dénoncés et combattus pour y arriver.

Alors oui, désormais dans mes propos, j’essayerai de parler d’exigence bienveillante pour autant qu’elle existe et soit partagée par tous. Donc ce n’est pas encore gagné.

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