L’individualisme : La mort de l’engagement collectif
Les dernières semaines ont été marquées par de fortes mobilisations contre la réforme des retraites. Après 3 journées en semaine, le samedi 11 février permettait d’élargir à ceux qui ne peuvent faire grève pour des raisons économiques. Cette journée confirme l’élargissement de la base avec une progression du nombre de manifestants. Sans heurts notables, tous étaient dans une même (dé)marche.
Mais défendaient ils le collectif ou leurs situations individuelles ? Lorsque l’individualisme se télescope avec le collectif !
Il est clair que dans nos sociétés contemporaines, l’hyperindividualisme n’a cessé de progresser. Le monde du travail ne fait pas exception puisqu’il est le terreau et le miroir de nos sociétés civiles. Les bouleversements économiques et technologiques, la flexibilité du travail, ont induit un processus croissant d’individualisation des relations et des conditions de travail. Dans ce monde, les notions d’égocentrisme, d’indifférence aux autres, d’attention exclusive pour sa propre personne prospèrent.
Donc, d’aucun pouvait penser que le projet de réforme des retraite passerait sans une vraie mobilisation. Quelques soubresauts corporatistes bien connus, quelques black blocs à mater et fini ! le texte serait adopté ! Or, partout que ce soit dans les grandes villes ou les sous préfectures, nombres de salariés mais aussi des indépendants, des retraités, des vieux, des jeunes, des cadres, des ouvriers, des employés, du public au privé…. se sont mobilisés. Les syndicats ont retrouvé des couleurs, montrant leur capacité à s’unir pour dire « stop » ! Car après les retraites, ce sera quoi ? Preuve que l’engagement des individus n’est pas mort. Et pour l’instant, il est plus digne que ce que l’on peut voir de nos élus !
Il faut convenir que la communication du gouvernement s’est prise les pieds dans le tapis. Arguments fallacieux, comparatifs déplorables (est ce que les séniors au Danemark ou en Italie sont heureux de travailler après 67 ans ?), contre vérités, mensonges…. La coupe est pleine !
Alors, est ce le réveil des consciences citoyennes ? Est ce le baroud d’honneur ou un vrai renouveau ?
Force est de constater que si le déclin des formes traditionnelles d’engagement ou des syndicats est indéniable, l’engagement collectif lui n’a jamais réellement cessé. Mais il s’est transformé, prenant des formes nouvelles et/ou des thèmes nouveaux même si il y a des différences générationnelles. Le terreau est propice. Les feux de forets cet été l’ont montré. Ce n’est pas parce que l’on ne voit pas les flammes que cela ne brule pas sous terre….
Sur le fond, les « séniors » restent principalement attentifs aux acquis (notamment sociaux ou traditionnels), aux conditions de travail, à l’emploi, à la peur de la fin du mois, autrement dit le pouvoir d’achat… Les jeunes se retrouvent sur le pouvoir d’achat et la peur de l’avenir (professionnel) mais surtout et plus que leurs anciens sur la peur de la fin du monde, liée au changement climatique et à ses conséquences sur l’environnement et la biodiversité.
Sur la forme, les séniors comptent sur le collectif, sur les rassemblements et espèrent de leur représentation nationale… Les jeunes comptent d’abord sur eux-mêmes. Pour cette génération qui a grandi dans l’hyperconsommation, l’engagement se veut avant tout en tant que consommateurs, usagers ou citoyens. Le plus efficace passe par le changement des habitudes de consommation, ce qui signifie consommer autrement, de manière plus responsable. Corolaire, compte tenu de la porosité entre la sphère privée et le monde professionnel, 68 % des jeunes interrogés déclarent être prêts à ne pas travailler pour une entreprise qui ne respecterait pas leurs valeurs. L’exemple est venu des jeunes diplômés qui refusent d’intégrer des multinationales avec des métiers destructeurs (Agro Paris Tech…)
Ainsi, les jeunes considèrent que l’action individuelle prend le pas sur la mobilisation collective et structurée, même si celle-ci peut exister de manière ponctuelle comme avec des opérations de désobéissance civile ou d’actions coup de poing.
On peut considérer que les jeunes semblent partager le même fonds de révolte que les plus vieux. Ce réveil des consciences, ce réveil des individus, on le voit dans les manifestations contre la réforme de retraites. Elles furent intergénérationnelles. Au grand dam du gouvernement qui ne pensait pas voir une réaction citoyenne aussi forte. Et c’est çà qui est important. Le collectif résiste, intersyndical, interprofessionnel et multigénérationnel.
Alors, qu’en est il au CIC Sud-Ouest ?
La banque est un fac similé de la société. Avec 1 700 salariés, hommes et femmes, différentes CSP, jeunes et séniors, 200 séniors de plus de 55 ans, 40% des salariés entre 40 et 54 ans, il aurait du se passer quelque chose. Certes pour les jeunes, la retraite est loin voire quasi inaccessible. Malgré tout, chacun est impacté par cette réforme, les apprentis/alternants, les quadras, les séniors… Or, la mobilisation n’a pas pris : 50 grévistes la première journée, 30 la seconde et encore moins la troisième journée de mobilisation. Quant à Samedi, il sera impossible d’obtenir des chiffres !
Il est vrai que les employés de banque, au sens large, n’ont en général pas l’atavisme du combat social. Rare sont les grandes mobilisations sur notre secteur. Mais, là le sujet est universel ! Ce qui se joue, c’est l’avenir, c’est un mode de vie. Avons nous envie de vendre des produits d’assurance, d’épargne, de téléphonie jusqu’à 64 ans minimum ? Quid des conditions de travail des séniors ? Quid de la pension à venir qui va être impactée ?
Car en effet, si certains (qui avaient l’intégralité des trimestres) voulaient aller jusqu’à 64 ans (pour rappel, l’âge moyen de départ à la retraite au CIC est de 62,3 mois), ils bénéficiaient d’une surcote. Aujourd’hui, ce principe de surcote disparait puisqu’il est activé à l’âge légal. Donc 10% de pension en moins (1,25/%/trimestre) ! Voulons nous travailler toujours plus pour avoir une retraite plus faible ?
Que s’est il passé ?
Certes l’aspect financier d’un jour de grève est important. Perdre une journée de salaire est toujours difficile bien qu’à ce sujet, la règle de proportionnalité prévalant, chacun pouvait ne poser que quelques heures pour participer aux mobilisations. Donc il faut espérer que le samedi 11, de nombreux salariés du CIC SO aient rejoint les mobilisations….
Certes, les salariés du CIC Sud Ouest sont mieux lotis que la moyenne. Il est vrai que comparativement nous sommes au delà de la moyenne : un salaire médian de 42 K€ (ce qui induit des potentielles pensions de retraite supérieures (en moyenne) à 21 K€ soit un niveau légèrement supérieur aux pensions moyennes de 17 K€ selon la DRESS), une retraite complémentaire article 83 et PERO, un « package » social d’intéressement & participation généreux….
Pour autant, les salariés du CIC Sud Ouest sont ils privilégiés et donc de futurs retraités privilégiés ?
Alors pourquoi la mobilisation fut elle si faible ?
La direction du CIC Sud-Ouest a clairement expliqué que le droit de grève était une liberté de chacun et que si des agences étaient fermées, ce n’était pas un problème. Donc aucune opposition de la hiérarchie.
Liberté de choix, pas de pression et pourtant, très faible mobilisation.
L’individualisme, le peu d’empathie aux autres, un sentiment d’être privilégié ne me semblent pourtant pas être des réponses acceptables. Raccourcis trop rapides. Attaché à la liberté de chacun, on se doit de ne pas juger même si le constat fait mal. Mais cela devient compliqué lorsque l’on entend certains se plaindre. Et le summum ! un DA se plaignant de l’impact de la réforme sur sa propre situation alors qu’il n’a pas participé aux mobilisations et qu’il a demandé à ses collaborateurs (qui l’avaient informé préalablement) d’annuler leur matinée de grève au motif qu’il fallait fermer l’agence ! Quand l’égoïsme rejoint l’imbécilité !
L’individualisme tue le collectif. Chaque individu est nécessaire lorsqu’il faut se mobiliser pour un intérêt commun. Comme il est nécessaire de tordre le cou aux interprétations défaitistes et de repenser la solidarité. Laisser les autres se battre lorsque l’on a la possibilité de se joindre à la bataille, c’est plus que de l’indifférence. Ceux qui se battent ne sont pas sûrs de gagner, ceux qui ne se battent pas sont sûrs de perdre….
Donc vous comprendrez que je n’ai pas de réponses. Dès lors, à chacun de se questionner et in fine, chacun est libre de sa propre introspection.
L’individu apporte au collectif non seulement sa raison, mais aussi son cœur et son expérience. C’est de l’association de tous, de la sommation des bonnes volontés que nous pourrons nous engager collectivement. Seul nous ne comptons pas.
C’est l’enseignement principal de la vie.
L’union fait la force.
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